Maroc, Mai 2005

 

Fly Aventures, la ballade d'un copain

 

Novembre 2004, Jean-Marc et moi projetons d’organiser pour les copains une petite virée en ulm au Maroc. Nous partons en reconnaissance à moto, six mois plus tard voici un extrait du récit de Georges, mon ami Hongrois qui découvrait l’Afrique pour la première fois ...

 


 

"Jusqu’aux derniers jours je n’ai pas osé avouer à ma chère et tendre que je me préparais à une ballade africaine en pendulaire avec les copains de Fly in Paris. Je me sentais d’ores et déjà coupable pour une absence de dix jours et pour les risques indignes d’un père de famille tranquille, mais aussi à cause de ce sentiment de culpabilité inné, spécialement hongrois, génétiquement codé dans notre subconscient collectif, comme le prouvent les paroles de notre hymne national (« ce peuple a déja subi le châtiment... »). Autrement dit : je flairais la bringue, l’Aventure orbitale à savourer, pour lequel une punition exemplaire sera inévitable selon la tradition ancéstrale…

J’ai réussi à débaucher mon ami Balázs Tóth avec qui j’ai déja partagé des moments inoubliables lors d’un autre rallye en ulm l’année derniere, cette fois ci nous emmenons un pendulaire et une moto d’enduro, pour faire la connaissance des dunes et de l’air à tour de rôle.

Nous étions vingt-quatre participants le 25 mars au départ d’Orly a embarquer sur les ailes de Royal Air Maroc pour retrouver l’auteur moral et le meneur de la bande : Stéphane Kübler qui nous attendait à Marrakech. Stéphane s’est entouré de Bernard Micheléna / Africana, instructeur ulm qui gagne certainement mieux sa vie depuis six ans en tant qu’assistant de rallyes et de raids en Afrique grâce à son camion 4X4.  Depuis, il n’y a pas de rallye automobile ou moto en Afrique sans lui, il connaît chaque col, chaque oued dans l’Atlas, les palmiers des oasis du Sahara le saluent de loin ; puis de Jean Michel Rivaud qui vit depuis trente ans de pendulaire. Pilote d’essai, testeur, instructeur, collaborateur dans tous les films ayant quelque chose à voir avec un ULM, il assiste lors de leurs raids les divers gourous organisateurs et tous précurseurs des raids en ulm Africains. Malgré ses 51 ans, le sourire malin ne quitte jamais son visage bronzé et tanné par le vent, il incarne le mélange rafraîchissant du professionalisme et de la bonne humeur. Un gamin l’a reconnu a Zagora en disant : « T’es le chef des berbères de la France ».

Nous étions entre de bonnes mains, nous l’avons vite compris, au bon endroit en plus.

Le Maroc bénéficie, en effet d’une situation géographique et culturelle particulière en Afrique. Comme le rappelle le roi Hassan II dans son livre le Défi: « Le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d'Afrique et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents d'Europe ».

La première surprise, c’est la présence de policiers et de militaires ainsi que des photos du roi Mohammed VI partout. Pour mes contemporains de l’Europe de l’Est, la dictature militaire et le culte de la personnalité évoquent des souvenirs et des sentiments ambiguës (…).

Je n’arrive pas à imaginer la vie au Maroc sans uniformes, sans interdits et en général, sans  les entraves morales de l’Islam, mais avec, il faut avouer que cela fonctionne. Par exemple, la notion du vol est inconnue. Même dans le labyrinthe des médinas et le tourbillon des souks, pas besoin de se méfier de pickpockets, de marchands agressifs ou de mendiants. Les habitants sont amicaux, discrètement et sincèrement curieux, les policiers respectueux et serviables. A n’importe quel bled perdu, dix minutes après l’atterrissage on a eu la visite garantie de deux policiers (des fois main dans la main,  - là-bas, cela ne signifie pas l’appartenance à une minorité sexuelle, seulement l’amitié), habillés en uniformes élégants et sans pli, leur première phrase était toujours : « bienvenu au Maroc, comment ça va ? Ensuite, ils passaient un temps fou à remplir des formulaires et d’autres paperasses, mais sans être désagréables ou abuser de leur pouvoir. Et pour ce qui est du temps, ce mot a tres peu de sens là-bas.

Le roi Mohammed VI. est un type bien sympa, il a fait baisser le niveau d’analphabétisme en-dessous du seuil psychologique de 50 %, et malgré le fait qu’il soit le haut manager national de la réligion officielle, ses décisions reflètent un esprit laïc et progressiste :  pensez donc qu’il a été capable de faire ramasser tous les sacs plastiques éparpillés par le vent dans son pays!

Une fois arrivés, nous nous sommes fait conduire directement à la nouvelle base ulm de Marrakech, pour décharger le camion, monter, vérifier et essayer nos machines. Mon Apollo 912 iXess a passé l’hiver dans le confort du hangar de Coulommiers, visiblement il n’a pas pris une ride depuis septembre dernier, le moteur me paraissait même mieux rodé. Stéphane a réglé mon iXess pour aller vite, en un mot : j’ai récupéré une machine de rêve. La pleine lune a eu l’honneur d’assister aux derniers vols…Direction le centre ville de Marrakech pour rejoindre notre hôtel où tout était de classe, excepté le manque de boissons alcoolisées et les créatures de rêve disponibles. Le repas était créateur d’une belle tradition, nous avons mangé du couscous, comme presque tous les autres soirs (sinon c’était une tajine)... Le dernier soir, je n’en pouvais plus, dans mes cauchemars je voyais déjà ma compagne m’attendre avec un bon couscous à mon retour…

Le lendemain matin à six heures nous étions déjà en route, et à huit heures en l’air, direction Benil Melal. Le paysage n’était que semi-désertique, visiblement il y a un sérieux coup de forcing sur l’agriculture. Première chose à digérer: on ne peut pas naviguer à la carte. En raison des dimensions du pays, les cartes à l’échelle 1 : 500000 sont des draps, et celles de 1 : 1.000.000 sont imprécises, il y manque les éléments facilitant le repérage : les réseaux d’irrigation, les routes secondaires, les petites habitations, et même les routes importantes, mais récemment contruites. Reste le GPS, et ce qui est encore mieux : le vol en formation avec „Jean-Mi”, qui ouvrait la route pour tous. Lui savait quelle altitude choisir, et connaissait même les rares vaches possibles. Après Benil Melal, nous avons pris la direction de Midelt, à 3500 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer. Avec le fort vent arrière, les GPS enregistraient des vitesses-sol supérieures à 200 km/h. A Midelt, nous nous sommes posés façon hélico, heureusement le couchée du soleil a lissé le vent. Il fallait par contre faire très attention au démontage des ailes et surtout à l’arrimage au sol. Jean-Louis n’a pas eu de bol. Une rafale a soulevé son aile déjà étendue par terre, et l’a jetée avec son proprio s’y cramponnant contre un chariot à 20 mètres plus loin ; pour eux, c’était la fin du raid.

Le lendemain, destination Errachidia ; pour les pilotes de pendulaire, en suivant les gorges du Ziz, pour nous, pilotes de motos, en passant par le fameux « tunnel du légionnaire ». Côté sud de l’Atlas le paysage change : la température a augmenté de près de 30 degrés, la végétation a disparu. Les pilotes de pendulaires qui se les caillaient à 3-4000 mètres d’altitude, d’une part pour retrouver les masses d’air plus paisibles au-dessus de l’inversion, et d’autre part pour des raisons de sécurité : en cas d’arrêt moteur, la seule possibilité de vache était la route, mais celle-ci manquait cruellement de lignes droites, il fallait bien garder une certaine altitude pour en atteindre un ont été surpris lors de la descente ! Sur l’aéroport international d’Errachidia nous avons été recus comme des rois. Thé à la menthe rafraîchissant, amandes, pistaches, petits gâteaux, coca servi dans le salon d’honneur : tout pour réjouir les européens éreintés. Le couchée du soleil nous a trouvé à l’oasis de Merzouga. L’auberge bâtit au pied des dunes avait un charme quasi hollywoodien, à 300 m a peine de la piste ulm. Cette proximité s’est avérée très avantageuse à la nuit noire, quand j’ai été tiré du sommeil par le vent soufflant du côté des dunes, tiraillant ainsi les bords de fuite des ailes fixées au sol. En soirée, le vent n’était que de 40-50 km/h, laminaire et en constant apaisement jusqu’a la mi journée, mais la nuit il s’est relevé de plus belle. On n’a jamais bien compris le fonctionnement du système. L’itinéraire du jour était simple: voler selon un cap de 330 degrés jusqu’à l’oasis d’Erfoud, puis longer la seule route goudronnée vers l’ouest, cheminer pendant à peu près une heure pour atteindre le camion de Bernard, ravitailler, puis poursuivre jusqu’a Boulmalne Dades. La première étape fut calme, le ravitaillement saisissant à cause des gamins qui ont accouru des villages voisins, mais la seconde plutôt „rock and roll”. Je n’avais pas envie de claquer des dents à plusieurs milliers de mètres d’altitude, j’ai préféré faire du slalom entre les sorcieres de poussière. Ces « dust devils » sont des mini-tornades de poussières bien visibles, de cinq-dix mètres de diamètre au sol, d’une hauteur très variable, allant jusqu’a 5-600 mètres, de forme plutôt de colonne que d’entonnoir. En examinant leur mouvement et inclinaison, on arrive à calculer leur direction, l’intensité et le gradient du vent. Je me concentrais à en voir toujours au moins une, et à la contourner du côté sous le vent. Au bout d’un moment, le sol sablonneux a cédé la place a un sol rocailleux, sans poussière pour matérialiser ces phénomènes thermiques radicaux. En croisiere a 1200 mètres d’altitude, j’ai fini par être happé par une sorcière, l’horizon s’est retrouvé à la verticale, et le vario a fait immédiatement pousser deux aiguilles supplémentaires (jusqu’à 5 m/s, le Brauniger indique le taux de montée/descente par une aiguille, jusqu’à 10 m/s par deux, au-delà par trois.). Moteur au ralenti, je suis resté en spirale à forte inclinaison. 6 tours et moins d’une minute après je suis sorti du méga-thermique à 2300 m. Peu de temps après nous avons atteint la hauteur des gorges du Todra, il fallait donc continuer dans le rotor de la crête de l’Atlas, haute de 3200 m. J’avais l’impression de perdre le plomb de mes dents, il m’est arrivé de décoller de mon siege pendant deux-trois secondes. Je suis arrivé sur la piste militaire de Boulmalne Dades - bien que deuxième -  au seuil de la tétanie. Je n’ai pas fait attention à ce que la piste était à plus de 1500 m d’altitude, l’air chaud et raréfié ont eu raison de mon arrondi, j’ai tapé à plus de 100 km/h de vitesse; Halley soit loué pour le train robuste dont le Jet Star est équipé!

La vitesse de mon Ixess s’est avérée une arme à double tranchant. Il est vrai que ma machine était de loin la plus rapide au rallye (sauf bien sûr l’autogire). Par contre, en conditions turbulentes j’étais contraint de trimmer l’aile sur tortue, d’une part pour ne pas démultiplier les „G” par l’excedent de vitesse (des fois, l’aile claquait tellement fort au-dessus de ma tête que j’ai cru ne plus pouvoir profiter de son ombre), et d’autre part : le bord de fuite relevé par des cordelettes de rappel lui confère un profil „S” ce qui la rend autostable et diminue l’effort musculaire nécessaire pour la maîtriser. Je ne peux pas me retenir de me vanter : même par le temps le plus agité, j’arrivais à faire des photos, souvent des pendulaires dont pilote et passager cramponnaient à quatre mains la barre.

Nous étions logés à 100 mètres de l’aéroport de Boulmalne Dades, dans un hôtel de style colonial, dont certaines chambres ont été creusées dans la paroi rocheuse; du coup, pas besoin de climatisation. Le lendemain matin nous avons testé le Tanarg avec Balázs, puis on a fait une excursion avec des 4X4 de location dans les gorges du Dades et la vallée des roses. Un paysage dont la beauté vous a fait venir les larmes aux yeux. L’après-midi, nous avons visité un hammam à Boulmalne. Séquence émotion forte! Le bain semblait plutôt un abattoir clandestin. Imaginez un local en béton de 20 m2, sans fenêtre, où de l’eau chaude s’écoule d’un tuyau gros comme le bras, et de l’eau froide d’un autre, plus mince. Chacun a son seau en plastique pour se préparer le mélange adéquat dont il s’asperge en se prélassant à même le sol. Deux mamelouks débarbouillent les clients avec un torchon en toile grossière et du savon noir, en s’asseyant sur leur dos ou poitrine. Un plaisir sensuel… pour le masseur; heureusement il n’était pas à poil. Puis vient le massage, ou plus exactement, les supplices de l’inquisition espagnole dans un contexte de bain.  L’expert d’une compétence approximative mais d’autant plus ardent tâche de vous casser tous les os, déchirer les muscles et les articulations, arracher les membres, et ainsi de suite. En vous tapotant amicalement, il clapote et claque de la langue pour rendre l’aventure encore plus excitante ; lui ou moins, il en jouit. Les clients apathiques peuvent se dégager d’entre ses mains après l’éternité d’un quart d’heure, mais les moins chanceux comme par exemple Balázs, qui s’est permis de gémir et de chuinter, ont droit à deux fois plus de „tendresses”. Le programme complet coûte 17 Dirhams par personne (1,5 euros).

Le lendemain, c’était mon tour de prendre la moto, dans la vallée du Dades jusqu’à Ouarzazate, dans le tumulte des charrettes à âne, des pick-up Peugeot et Dacia transportant quelques chameaux et 8-10 berbères à la fois. J’ai retrouvé les autres participants sur l’aéroport international. Jean-Michel applique sa méthode habituelle pour ces cas-là : il attend sa troupe au dessus d’un point préétabli facilement identifiable à l’entrée de l’espace aérien de l’aéroport ; dès que tout le monde est arrivé, il s’annonce à la tour et négocie une arrivée directe en formation. C’est un franc succes. Nos amis, peu habitués au vol en formation serrée ont du être motivés par les pilotes des autres Boeing qu’on entendait collationner sur la fréquence d’une voix affligée qu’ils attendaient les instructions après l’atterrissage d’une formation de 11 ULM. Cerise sur le gâteau : on n’a même pas été obligé de verser de taxes d’atterrissage, comme la loi marocaine prescrit l’exonération totale des taxes pour les participants des rallyes aériens sur tous les aéroports du pays. Si la fantaisie nous avait pris, nous aurions pu utiliser même l’aéroport international de Casablanca pour faire des tours de piste, franco et gratis.

L’après-midi, je suis arrivé dans la vallée de la rivière Dráa, en passant par la montagne Jbel; de là, j’ai fait les 160 kilomètres jusqu’à Zagora dans une vraie chaleur saharienne. Zagora est une oasis charmante, avec des Kasbah regorgeant de dattiers et de piscines. Nous avions un logement somptueux, avec du personnel du style de l’époque comme y en a plus. Le lendemain, nous avons payé ce luxe en retour : nuit au coeur du Sahara sous des tentes berbères, partagées avec une multitude de scarabées et quelques vipères des sables. Sans GPS, nous n’aurions jamais trouvé ce bivouac improvisé, je serais incapable de le repérer sur la carte. Pour ce qui est des conditions hygiéniques, n’en parlons pas. Par contre, il était intéressant de voir combien nos „ressources humaines” ont brusquement baissé après seulement une nuit passé à la nomade. Vendredi matin le décollage a eu lieu dans une ambiance stressée ; la visibilité était très mauvaise, de plus les bédouins pronostiquaient sa dégradation à cause du vent de sable. Dans ma précipitation, j’ai fais une gaffe digne d’un débutant : j’ai oublié de fermer le coffre de mon pendulaire. Au décollage, j’ai entendu l’hélice heurter quelque chose, j’ai hésité à retourner, mais je n’ai senti aucune vibration et il n’y avait pas de pale de réserve sur place, puis nous étions pressés pour rejoindre le camion à Foum Zguid, à 150 km à l’Ouest. Arrivé au niveau de croisière, j’ai regardé en arrière et compris. L’une de mes sangles a du foutre le camp, une pale d’hélice était à coup sûr endommagée ; il était rassurant de savoir que dans le camion plusieurs jeux d’hélices m’attendaient prêtées par le fabricant Arplast. Dès lors je regardais en arrière chaque minute pour voir si les autres sangles suivaient l’exemple, ce qui m’aurait valu sans doute une vache. Par chance, il n’en était rien; il faut dire que j’ai volé assez haut, d’une part pour éviter les turbulences, et d’autre part afin de pouvoir atterrir sur un terrain d’où j’avais les chances de redécoller après l’éventuel remplacement de l’hélice. Heureusement ce numéro m’a été épargné. Pendant la pause de midi, avec l’aide de François une autre Ecoprop a trouvé place sur ma machine. Pour arriver a Tarroudant, un ravitaillement supplémentaire s’imposait, puisqu’avec le vent d’ouest venant de la mer nous n’avions pas la certitude de tenir les 200 kilomètres restants.  

Eh bien, ce vent-ci n’avait plus rien de laminaire. Après deux heures de lutte acharnée contre les éléments, nous étions seulement à mi-chemin quand l’un des Rotax 503 (ces moteurs consommaient plus de 20 litres/heure avec deux personnes au bord) est tombé en panne sèche, et le pendulaire s’est vaché sur un chemin parallèle à la route. L’assistance l’a entendu à la radio et est arrivée sur place quelques minutes après, nous les avons donc tous rejoints. Ce n’était pas une bonne idée, dès que je me suis posé sur le sol très rocheux, un cailloux rebondissant a tout de suite heurté l’une des pales de mon hélice toute neuve. Une des conclusions à tirer de cette histoire est qu’il faut bien juger la variation de nos performances en fonction du stress et de la fatigue. J’avais encore au moins une heure de vol dans le réservoir, je n’aurais pas dû atterrir sur ce maudit sentier. Si j’avais malgré tout pris la décision de me poser afin de reposer mes biceps et abdominaux éprouvés par la castagne aérienne, j’aurais pu le faire moteur coupé ou en coupant le contact à l’arrondi : l’hélice n’aurait pas tourné quand le cailloux a rebondi. C’est facile d’être malin après coup. Pour redécoller, nous avons voté pour la route, malgré qu’elle était bordée de lignes électriques et téléphoniques, à vingt mètres d’écart à peine, et que le vent était plein travers. Barre au ventre, j’ai accéléré à 100 km/h sur l’asphalte, puis poussé la barre avec entrain. Je me suis aussitôt émergé des fils, ils n’ont même pas eu le temps de me faire un signe d’adieu.

A Tarroudant, c’est encore un hôtel à palmiers et piscine qui nous est échu. On commençait à piger pourquoi l’image paradisiaque de „jardins regorgeant d’eau” se répète aussi souvent dans les contes des mille et une nuits. Nous avons même réussi à dénicher de la bière, des petites cannettes de 25cl pour la somme modique d’environ quatre euros, mais au moins on savait l’apprécier. Surtout Stéphane et Balázs, qui ont franchi ce jour-lá plus de 160 km de dunes et 300 km de routes secondaires avec les motos. Le lendemain matin les entrées maritimes nous ont cloués au sol jusqu’a 11 heures. Ravitaillement de routine par le camion citerne a l’aéroport international d’Agadir, formalités, et hospitalité emmiellée qui durent une eternité, du coup : au moment où les pendulaires décollaient pour Essaouira, le vent de face soufflait déjà à 40-50 km/h. Jean Marc a du faire son numéro habituel de ravitaillement sur la route depuis son jerrycan (son XP 12 éxigeait 18-20 litres a son Rotax 582 et son reservoir ne contenait que 38 litres). Pierre Joseph a choisi de se poser sur une plage désertique afin de vérifier le contenu de son reservoir. Le sable mou, la marée montante, le vent fort lui ont valu une nuit sur place avec les pécheurs de sardines. Le lendemain matin il nous a rejoints, mais ne voulait même pas raconter son histoire comme d’habitude. A Essaouira, nous avons visité le souk pour se munir de cadeaux et d’objets de souvenir, ce qui est, comme c’est d’une notoriété publique, le signe du début de la fin.

Le lendemain, il y a eu encore une étape de 230 km avec un bon petit vent dans le cul. Nous nous sommes laissés aller a la pratique éhontée du „radada”, ainsi ranimant un peu la vie intellectuelle des chameaux, des anes et de leurs gardiens.

Retour à Marrakech pour démonter les machines et faire les bagages, soirée d’adieu, et le lendemain Royal Air Maroc, puis Malév. Il faudra de longs mois pour digérer toutes ces expériences, l’Aventure pure et dense ; ces quelques jours d’oasis dans le désert gris et poussiereux du train-train quotidien."

Auto Gyro

Parapower

Air creation

Réalisation : PixelleProD - Juillet 2013